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VOYAGE ITINÉRANT 2019 DE FRANCK TURLAN : CHRONIQUE 3

1 août 2019

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Le Royaume en mode “border line” en Irlande du Nord
 
C’est une simple fissure sur la route, une minuscule rupture dans l’asphalte, au milieu du pont sur la rivière Termon ; le seul signe tangible aujourd’hui a Pettigoe de la frontière entre l’Irlande du Nord, pièce détachée du Royaume-Uni, et de la République d’Irlande, indépendante et plus que jamais européenne, au sud. 
J’aurai pu rester a la surface, de la route et des évènements passés, mais il y a cette rencontre avec Lise. Comme moi, elle prend un café sur l’une des trois chaises installées sur un bout de trottoir, qui tient lieu de terrasse a l’épicerie-bar-guichet postal-banque… Son frère tient la boutique ; officiellement du moins, car c’est la mère, 88 ans, qui continue a l’ouvrir tous les matins, a 7 heures. Elle est tranquille, Lise. La soixantaine, elle vit depuis de nombreuses années a Dublin, dans le confort matériel et la paix de notre monde occidental. D’ailleurs, elle doit me laisser pour préparer le repas du midi… “OK, mais avant, pouvez-vous juste me dire ou je peux trouver “the border”, la frontière ?” Elle me regarde, intensément, me sourie et se lève d’un bond : “Come on ! Viens, elle est juste la, sur le pont, a 20 mètres d’ici“.
 Communautarisme vivace
Accoudée au parapet, Lise voit ses souvenirs affluer par vagues. Oubliée, la cuisine ! La rivière la ramène aux années troubles des décennies “70” et “80”… Comment les hommes et les femmes esquivaient le check point en traversant la Termon, chargés de marchandises; ce jour ou une vieille femme s’est vue interdire par un soldat de ramener des tomates d’Irlande du nord, et comment elle a fini par les lui déverser sur la tète. Des images moins drôles, aussi… “Ce pont, il a sauté trois fois. Une nuit, j’ai entendu jusqu'à dix explosions de l’autre coté de la rivière. C’était l’IRA qui attaquait les baraquements de l’armée“, dit-elle en regardant un point invisible sur la rive opposée. “J’étais terrifiée. Le lendemain, une bombe a retardement a tué un démineur de l’armée britannique. Je me rappelle les cris de joie des gars du village voisin, dans notre bar, quand ils ont appris la nouvelle“. Je lis son dégoût, toujours vivace. Et j’entends sa crainte que le retour d’une frontière dure, pour cause de Brexit, soit une nouvelle fois cause de souffrances.
Difficile de prendre de la distance, quand d’autres se chargent d’entretenir une mémoire guerrièrep1011442 p1011400 venue d’un autre age. Raymond est de ceux-la. Je le rencontre dans son jardin de Bushmills, au bord de la route principale, ou ce quadragénaire attire mon attention par la ribambelle de drapeaux du Royaume Uni qu’il a accrochés haut dans le ciel. “C’est pour célébrer la bataille de la Boyne, en 1690 : la victoire du roi protestant d’Angleterre contre l’ancien roi catholique“, m’explique-t-il . Et le 12 juillet, il fait partie des 30 joueurs de flûtes qui défilent dans son village a la cadence de 12 tambours. “Folklorique ?“, je lui demande ingénument. “Non, politique. Rien a voir avec le Brexit“, me répond franchement Raymond. Mais il s’empresse d’ajouter qu’il a voté pour rester dans l’Union européenne.
Flottement derrière les drapeaux
Est-ce une projection de ma part ? Je le sens flotter autant que ses drapeaux… Loyal envers sa communauté protestante, continuant a défier “l’autre communauté”, catholique, Raymond n’est plus en phase avec le grand frère anglais. Serait-il prêt a accepter une unité irlandaise pour rester dans l’Europe, au risque de voir sa chère identité se diluer dans une Irlande a majorité catholique ? Boomér sent que cette idée d’une seule Irlande, perçue comme folle il y a encore trois ans, trouve un échos favorable, même dans le groupe protestant : “personne ne veut d’une frontière dure. Or on ne voit pas comment il pourrait en être autrement avec le Brexit“, dit ce menuisier de 55 ans, qui habite Crossmaglen, autre “border”. “Et personne ne veut revivre dans la violence ; les jeunes n’ont pas vécu la-dedans, c’est une chance“.
Comme en Ecosse, ou les drapeaux pour le “yes” de l’indépendance retrouvent de l’éclat depuis le Brexit, l’Irlande-du-Nord retient son souffle, espérant sans y croire un retournement miraculeux venu de Londres, pour un statu quo synonyme de sécurité et de prospérité… Mais pour ces nations, la crise de foi dans le Royaume-Uni est perceptible a hauteur de vélo. Le Brexit révèle des fissures anciennes, des blessures. Je suis sur le pont de Pettigoe avec Lise. Elle retient ses larmes en évoquant ce jour ou elle part avec d’autres adolescents pour une retraite spirituelle, coté nord… Une balle touche le chauffeur du minibus. Ce jour-la, je crois bien que c’est l’espoir de la paix qui a été touché en elle, de façon indélébile.
légendes photos
– Derrière la carte postale des Giants causeway, au nord de l’Irlande, le Brexit amène une situation chaotique pour ses habitants, qui craignent le retour d’une frontière “dure”.
– Lise sur le pont de Pettigoe, l’une des frontières qui pourrait couper des villages en deux.
– Lisa, a Belcoo, autre “border”, craint les répercussions économiques. Elle envisage de quitter l’Irlande du Nord, ou elle est née.
Franck Turlan

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