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VOYAGE DE FRANCK : CHRONIQUE 4

3 août 2017

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“Non, je ne rêve pas… Comme si j'étais dans un col du Tour de France, un spectateur surgi de nulle part me tend une bouteille d’eau fraîche. D’accord, je ne suis pas dans le Tourmalet mais dans une modeste cote, certes bien grillée, de Bosnie. Un réflexe d’ancien compétiteur manque de me faire prendre la bouteille au vol et de continuer mon effort, laissant mon bienfaiteur en plan. Mais non, mon cerveau anesthésie par la chaleur parvient a me rappeler, in extremis, que je ne suis pas tant dans les Balkans pour la performance que pour les rencontres.

Le spectateur, c’est Elmin, 32 ans. Il venait de finir sa journee de boulot dans le batiment quand il m’a double dans cette montee de Prozor, a 100 km de Sarajevo. “Nous sommes tous des humains, on doit s’entraider quelle que soit notre religion ou notre couleur de peau“, me dit-il en anglais, comme pour justifier son geste gratuit. Lui le footeux , il a fait un grand tour a velo il y a quelques annees, jusqu’a Srebrenica, pour voir du pays… son pays. Srebrenica, cette enclave bosniaque martyre lors de la derniere guerre que nous ayons subi en Europe, but ultime de mon voyage. Alors forcement, il s’est senti proche de moi.

Depuis plusieurs jours, une chanson tourne dans ma tete, a la frequence de mon pedalage : “Dejeuner en paix”, paroles de l’ecrivain Philippe Djian chantees par le Suisso-presque-Carcassonnais Stephan Eicher… Ma version arrangee, c’est “Pedaler en paix”, bien sur. Ca m’est venu en debarquant sur l’ile de Cres, en Croatie. Apres le trop plein de l’Istrie, trop de voitures-campings-textile-naturistes-courts-de-tennis-golfs, voila que j’arrive par bac sur cette ile austere de 80 km, toute en longueur… Je laisse partir le peloton des motos, autos et campings cars. Et voila que je roule enfin seul, pouvant respirer a plein poumon le parfum des immortelles et choisir mes trajectoires pour chercher l’ombre et admirer la mer Adriatique dans toutes ses nuances de bleu. Je deguste chaque hectometre, enfin en paix…

C’est precieux, la liberte. On en vient presque a l’oublier quand on vit quotidiennement avec elle. Mais il me suffit de croiser quelques “marqueurs visuels” pour imaginer la meme route en etat de guerre, et ressentir un leger frisson : ici en Bosnie une maison inoccupee, noircie et criblee d’impacts a l’arme lourde, la cette barriere de metal separant la Slovenie de la Croatie, deux pays de l’ex-Yougoslavie qui sont pourtant membres de l’Union europenne (mais la Croatie n’est pas dans l’espace Schengen)… Je passe la frontiere sous l’oeil inquisiteur du douanier slovene, pour qui je dois etre l’un des rares “clients” de la journee, tellement l’endroit est perdu. Derriere lui,  je vois luire des km d’acier tout neuf qui sont censes nous proteger des refugies, des “migrants”. J’en ai pas vu un seul depuis Briancon… La peur, de l’autre, c’est ca qui doit motiver au fond des investissements aussi stupides.

La barriere est ouverte, pour le moment… pour moi le Francais. Mais si j’etais un cycliste syrien ? Et si la guerre des balkans reprennait ? Vaguement opresse, je respire un grand coup avant de reprendre ma route. Quelque chose me dit qu’il nous faudra cultiver le gout de la liberte, et garder la memoire des ravages de la guerre, pour continuer longtemps a pedaler en paix.

légende photo (a recadrer pas mal) : Surprise, dans un coin perdu entre la Slovenie et la Croatie, des km d’acier tout neuf forment une barrière potentiellement infranchissable. Sommes-nous en guerre ?

a bientôt

Franck”

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